Le Gaec de Veline, dans la Meuse, a opté pour l’installation d’un microméthaniseur et d’un robot de traite. L’objectif ? Renforcer la cohérence du système de production et pérenniser le lait avec plus de confort et de souplesse de travail.
À Dugny-sur-Meuse, petite bourgade de 1 300 âmes, la stabulation du Gaec de Veline est tout proche du cœur du village. « Au fil des ans, le bourg s’est rapproché de nous. Si bien qu’aujourd’hui, les premières maisons du lotissement se situent à moins de cent mètres de nos bâtiments et jouxtent nos parcelles », constate Rodrigue Jacquot, installé avec son frère Étienne et leur mère Nathalie, sur une exploitation de polyculture élevage. « Les habitants ne se sont jamais plaints mais nous étions conscients des limites de notre système en fumier mou.»
Les capacités de stockage des effluents devenaient insuffisantes et des jus coulaient des tas amoncelés en bout de champ. C’est l’une des raisons qui ont poussé les éleveurs à engager une réflexion stratégique en 2021 dans l’objectif de trouver un système cohérent et tourné vers l’avenir. « Si nous voulions être encore là demain, nous n’avions pas le choix », se remémore Étienne. « Il nous fallait absolument anticiper les contraintes liées à l’environnement et aux attentes sociétales. »

SE PRÉMUNIR DE PROBLÈMES AVEC LE VOISINAGE
L’idée de créer une plateforme d’égouttage du fumier a vite été abandonnée car cette solution nécessitait plus de travail avec une double gestion avec du curé et du lisier. De plus, le bâtiment se montrait peu adapté à l’installation de racleurs automatiques. Le Gaec a donc préféré passer en système tout lisier pour le côté pratique et le gain de temps. Mais encore fallait-il trouver un moyen de gommer les inconvénients du lisier. C’est en surfant sur internet que Rodrigue a découvert la microméthanisation. « Sur le secteur, nous étions les premiers à nous y intéresser. Personne n’avait encore installé d’unité, nous ne connaissions pas vraiment ce procédé. »
Rodrigue et Étienne Jacquot
« La microméthanisation s’inscrit dans la continuité de notre système de production et renforce la complémentarité entre les ateliers. »
Les éleveurs ont vite été séduits par ses nombreux avantages. Le digestat obtenu, plus fluide qu’un lisier, est facile à épandre et surtout inodore. Une unité de 22 kWe, calibrée à la taille de la ferme et de conception belge, a été installée clé en main. L’investissement a coûté 195 000 euros, sans aides. Le retour sur investissement est estimé à 8 ans pour un taux de saturation minimal de 85 %. « Nous l’atteignons aujourd’hui, » témoigne Rodrigue. « Mais ce n’est pas l’intérêt financier qui nous a motivés, » rappelle-t-il. « Notre but premier était surtout de financer des capacités de stockage supplémentaires avec un moindre impact environnemental. » D’ailleurs, nous ne cherchons pas une rentabilité maximale en ajoutant au fourrage dans la préfosse. » L’unité est alimentée uniquement avec du lisier frais (6 000 à 7 000 l/j). À ce titre, le Gaec bénéficie d’une surprime sur le tarif de vente de l’électricité (+5,625 ct/kWh).
SURPRIME LIÉE À L’UTILISATION EXCLUSIVE D’EFFLUENTS Dans la stabulation, la gestion du lisier est assurée par un robot aspirateur (30 000 €). « Nous avons adapté le calibrage de la paille utilisée pour les logettes pour qu’il marche parfaitement, » indique Étienne en précisant que les passages répétés du robot aspirateur contribuent aussi à un minimal de lisier dans le bâtiment. « Sans quoi, nous recevons une alerte de défaut d’alimentation du méthaniseur. » Le choix d’installer un robot de traite a directement découlé du projet de microméthanisation. « Quitte à investir pour l’avenir, il était important de prendre en compte la contrainte de main-d’œuvre et d’anticiper le départ à la retraite de notre mère dans quelques années, » relate Rodrigue. Le Gaec a privilégié une stalle simple guidé. Elle accueille 75 vaches qui produisent 15 kilos en moyenne par passage. * »Nous une meilleure fréquentation du robot de traite. « C’est un bon chien de troupeau en quelque sorte ! » Seule contrainte, le temps journalier de pâturage doit forcément se limiter à deux heures, pour assurer la récolte d’un volume.
UN BILAN SATISFAISANT DE LA MICROMÉTHANISATION AU BOUT D’UN AN
« Avec l’hiver pluvieux que nous venons de traverser, nous avons apprécié la souplesse de stockage permise par la nouvelle fosse de 2 000 m³ couverte par une bâche flottante, » indique Rodrigue Jacquot. « Nous pouvons désormais mettre moins. » Grâce au digestat, l’objectif est aussi de réduire les achats d’engrais. « L’an dernier, nous avons économisé 60 U/ha sur le colza et nous n’avons pas résidé de troisième passage sur le blé, soit l’équivalent d’un camion de solution liquide sur l’année et 9 000 euros économisés, » détaille l’éleveur. Un gain qui finance la délégation de l’épandage digestat réalisé deux fois par an, avec un matériel hyper performant, précise, et ne salit pas les routes. « L’ETA épand à 30 mètres des maisons. Avec le fumier, je n’aurais jamais fait ! » Agronomeusement, l’avantage est aussi d’intervenir au bon moment pour valorisation optimale. « Au départ, nous craignions de nous consacrer beaucoup de temps à la microméthanisation, mais finalement le suivi reste assez limité, à part le vidange moteur de l’os par trimestre. Nous suivons tout à partir de l’application sur nos smartphones. Nous sommes parfois en semaine sans y mettre les pieds, » expliquent les deux associés. L’électricité produite est vendue (18,725 ct/kWh hors prime effluents) et le Gaec bénéficie d’un prix de rachat attractif (5 ct/kWh). « Cela nous rend moins dépendants des hausses du coût de l’énergie. Nous produisons trois à quatre fois notre consommation d’électricité. » L’eau chaude est récupérée pour le chauffe-eau, le robot de traite et le chauffage du robot en hiver. L’économie d’électricité est chiffrée à 250 euros par mois.
FICHE ÉLEVAGE
- 3 associés et 0,5 apprenti
- 245 prim’Holstein à 9 000 kg
- 65 vaches Limousines
- 1 727 000 l de lait produits
- 1,4 UGB/ha
- 258 ha de SAU dont 118 de cultures, 113 de prairies permanentes, 22 de maïs ensilage et 5 de luzerne
UNE TRÈS BONNE PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL
Lisa MILAN BALIZEAUX, de la chambre d’agriculture de la Meuse
« La productivité du travail était déjà élevée, avec 425 000 litres produits par UMO lait sur l’exercice avant l’installation du robot. Suite aux investissements réalisés, elle est encore plus importante (575 000 l/UMO lait). La complémentarité entre les ateliers lait, viande et cultures permet une très bonne maîtrise des charges et renforce l’efficacité économique de l’exploitation. Les surfaces en herbe sont très bien valorisées, avec les fourrages récoltés aux laitières vaches, les bovins viandes valorisent le reste des prairies. D’autre part, les éleveurs se montrent toujours pro-actifs dans la recherche de solutions. »






